Ararat, Mont Sacré
Peu de montagnes dans le monde suscitent autant de fascination, de ferveur et de nostalgie que le mont Ararat. Solitaire et imposant, il s’élève au-dessus des plaines du haut plateau arménien, bien plus qu’un simple relief géographique. Ararat est un symbole de foi, de mémoire et d’identité. Connu comme la « montagne sacrée » du peuple arménien, il a vu naître des mythes, s’effondrer des civilisations et se redessiner des frontières, tandis que ses sommets enneigés demeuraient immuables.
Qu’on l’admire de loin, qu’on l’explore à travers l’histoire ou qu’on tente son ascension, le mont Ararat occupe une place unique, à la croisée de la nature, de la mythologie et de la géopolitique. C’est une montagne qui appartient autant à l’imaginaire qu’à la terre.
Une montagne sacrée dans l’histoire arménienne
Bien avant l’arrivée du christianisme, le mont Ararat occupait une place centrale dans la mythologie arménienne préchrétienne. Il était considéré comme la demeure des dieux et le centre spirituel du monde. Plus tard, il devint le cœur géographique et symbolique des anciens royaumes arméniens.


Aujourd’hui encore, bien que le mont Ararat se situe sur le territoire de la Turquie moderne, il reste profondément ancré dans l’identité arménienne. La montagne figure d’ailleurs sur les armoiries de l’Arménie, rappelant que l’appartenance culturelle ne suit pas toujours les frontières politiques.
L’une des montagnes les plus dominantes du monde
Avec ses 5 165 mètres d’altitude, le mont Ararat n’est pas le plus haut sommet du globe. Pourtant, les chiffres seuls ne racontent pas toute l’histoire.
Si l’on considère la hauteur relative, Ararat est l’une des montagnes les plus impressionnantes au monde. Le mont Everest culmine à 8 848 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais il ne s’élève que d’environ 3 300 mètres au-dessus de son plateau environnant. Le mont Ararat, lui, s’élève de 4 365 mètres au-dessus des plaines, ce qui lui confère une présence visuelle spectaculaire et presque irréelle.
Point culminant du haut plateau arménien, Ararat se compose de deux sommets majestueux :
- Le Grand Ararat : 5 122 mètres
- Le Petit Ararat : 3 896 mètres
Les deux pics sont séparés par le col de Sardar Bulak, un corridor naturel long de 11 kilomètres.
Le Grand Ararat

Le Petit Ararat

Un volcan endormi au passé violent
D’un point de vue géologique, le mont Ararat n’est pas une montagne au sens strict, mais un stratovolcan.
L’activité volcanique dans la région a commencé il y a environ 10 millions d’années, tandis que le sommet actuel du Grand Ararat s’est formé il y a environ 200 000 ans. Sa période la plus violente remonte au troisième millénaire avant notre ère, lorsque de puissantes éruptions ont détruit des établissements humains à ses pieds. Des archéologues ont même retrouvé des outils de l’âge du bronze ancien enfouis dans des coulées de lave, preuve que des populations vivaient autrefois dangereusement près du volcan.
L’éruption la plus dévastatrice de l’histoire récente s’est produite en 1840, précédée d’un violent séisme. Des torrents de lave et des glissements de terrain ont enseveli des villages entiers, causant la mort de milliers de personnes. Les géologues ont ensuite conclu à une explosion phréatique, provoquée par la rencontre du magma avec de la glace souterraine.
Depuis cet événement, le mont Ararat est resté silencieux et est aujourd’hui officiellement classé comme volcan dormant.
Faits fascinants sur le mont Ararat
- Un symbole national au-delà des frontières
Bien qu’il se trouve sur le sol turc, le mont Ararat demeure un symbole national fort pour l’Arménie. Son apparition sur les armoiries arméniennes a longtemps suscité des tensions diplomatiques. Dans les années 1920, lorsque la Turquie protesta, le ministre soviétique des Affaires étrangères, Georgy Tchitchérine, répondit avec ironie :
« Et pourquoi donc y a-t-il un croissant de lune sur le drapeau turc ? La lune n’appartient pas non plus à la Turquie. » - Une montagne sans rivières
Fait surprenant, aucune grande rivière ne prend sa source sur les pentes du mont Ararat. Au printemps, la fonte des glaciers irrigue naturellement les plaines environnantes, rendant les sols particulièrement fertiles. - Plus proche de l’Iran que de l’Arménie
Géographiquement, le mont Ararat se situe au carrefour de la Turquie, de l’Arménie et de l’Iran, mais il n’est qu’à 16 kilomètres de l’Iran, contre plus de 30 kilomètres de l’Arménie. - Longtemps considéré comme inaccessible
Pendant des siècles, ses pentes abruptes, ses éboulements et ses vents violents ont découragé les alpinistes. La première ascension réussie date de 1829, menée par Johann Friedrich Parrot, professeur à l’université de Dorpat, accompagné de guides locaux.
Sommet sacré

Neiges éternelles

Géant silencieux

Cime mythique

Légendes et mythes du mont Ararat
Peu de montagnes sont aussi chargées de légendes que le mont Ararat. Selon la Bible, l’Arche de Noé se serait échouée sur les « montagnes d’Ararat » après le Déluge. Cette croyance a alimenté des siècles de récits, d’expéditions et d’espoirs de découvertes.
En 1916, des pilotes russes affirmèrent avoir aperçu une structure massive sur les pentes de la montagne. En 1955, l’alpiniste français Fernand Navarra découvrit des planches de bois sous la glace, mais les analyses au carbone 14 révélèrent qu’elles dataient d’environ 1 400 ans.
Le mythe, cependant, demeure intact.
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Découverte présumée

Recherche archéologique

Origine du nom « Ararat »
L’origine du nom est aussi mystérieuse que la montagne elle-même.
La tradition biblique
Dans l’Ancien Testament, « Ararat » désigne le royaume antique d’Urartu, et non un sommet précis. Avec le temps, le nom s’est attaché à ce volcan solitaire.L’origine assyrienne
De nombreux historiens relient le nom à la transcription assyrienne d’Urartu, royaume florissant entre le IXᵉ et le VIᵉ siècle avant notre ère.La légende babylonienne
Une légende romantique raconte l’histoire d’Ara le Beau, roi arménien mortellement blessé après avoir repoussé les avances de la reine Sémiramis de Babylone. Selon le mythe, la montagne aurait été nommée Ararat en son honneur, à l’endroit même où son corps fut déposé.
Le mont Ararat n’est pas qu’un sommet : c’est un symbole vivant. Symbole de foi, de résilience, de perte et d’appartenance. Si les frontières politiques l’ont assigné à un territoire précis, son âme, elle, dépasse largement les cartes.
Qu’on l’aperçoive à l’horizon, qu’on se plonge dans ses légendes ou qu’on foule ses pentes balayées par le vent, le mont Ararat laisse une empreinte durable. Silencieux mais puissant, endormi mais chargé de sens, il demeure l’une des figures les plus emblématiques et inoubliables du Caucase.
Pour saisir toute la dimension sacrée du mont Ararat et son lien profond avec l’identité arménienne, poursuivez votre lecture avec L’Arménie : berceau du christianisme.
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